Oeuvres engagées

Depuis le temps que j’écris des textes libertariens, anars, poétiques, un gros micmac en fait, un inventaire des luttes… Depuis quelques années je traîne mon crayon au bord des manifs, dans les rues. Je n’aime pas les foules, je ne prends donc pas une part plus active. Mais j’aime ce statut d’observateur. Revendications diverses, convictions écologistes, représentations des excès du capitalisme, je retrouve les luttes dans mes dessins et dans mes textes. En les publiant, on devient d’une certaine façon reporter.

Ce diaporama Flickr regroupe les dessins :

Maison Rouge, Strasbourg

Et la Bascule regorge de passages où les luttes dépassent le cerveau malade du héros :

La Bascule, chapitre 19
Dessins en marge d’une manifestation

2022-04-21 : croquis des peintres d’une fresque

Invité par mon ami Vin’Syl, je dessine les artistes présents sur la fresque en bordure de l’autoroute M35, à hauteur de Montagne Verte.

« Première fresque, réalisée par Apaiz et Dédé La Plume, aidés par des jeunes du CSC Montagne Verte et l’association L’Atelier du Club. Peinture réalisée sur la thématique de l’écologie, et faisant écho au morceau « Causes et conséquences » du rappeur Dah Conectah » comme le décrit la page facebook de l’Atelier du Club.

Première immersion pour moi dans le monde du graff.

Artiste peintre au travail // Artist at work

Résilience 0 – par Frédéric Perrot

Une courte nouvelle de mon ami Frédéric Perrot. L’article original sur le site Bel de Mai est ici.

Résilience 0 – Illustration Frédéric Bach

« La réalité, c’est ce qui refuse de disparaître quand on cesse d’y croire. »

                                                (Philip K. Dick, Siva)

(Page manuscrite retrouvée dans le portefeuille du patient après sa neutralisation. Les italiques correspondent aux mots soulignés en rouge par le patient.)

« Ma femme jouit dans le lit d’un autre. Plusieurs fois par jour, avec une constance admirable, elle publie des vidéos de ses coïts acrobatiques sur un réseau social baptisé Orgasme et compagnie.

Mon fils aîné, ce crétin, après avoir rêvé pendant quelques mois au djihad, les yeux rivés sur des vidéos ignobles de décapitations et autres atrocités, prétend à présent avoir renoncé à la violence, privilégiant une pratique soft et modérée de sa nouvelle foi. Il porte la barbe, la djellaba et vautré dans le sofa du salon passe ses journées à fumer de l’herbe et à apprendre la langue arabe.

Ma fille cadette, Jeanne, la prunelle de mes yeux, s’est rasé la tête, est devenue végane, milite pour le climat et de son côté passe ses journées à publier sur le Net des tribunes incendiaires contre le patriarcat et les vieux mâles blancs réactionnaires dont à l’entendre je serais une incarnation typique ! Moi le plus tolérant des pères et le plus doux des maris…

Tel est dans ses grandes lignes le résumé de ma triste situation familiale, celle dont je m’entretiens jusqu’à quatre fois par semaine avec mon psychanalyste : le célèbre et très médiatique Frank Herbert. « Vu à la télé » est-il inscrit sur chacun de ses forts volumes de réflexions, qui paraissent à un rythme régulier, à raison de six ou sept par an, si je ne me trompe… Les yeux mi-clos, cette sommité, ce brillant cerveau, ce colosse de la pensée conceptuelle m’écoute, ne dit rien ou presque et j’essaie toujours d’être le plus clair possible avec lui, même quand j’ai l’impression très fâcheuse qu’il s’est endormi le salaud… »

(Ce qui suit est la transcription de la houleuse séance du 22 novembre 2021, qui devait se révéler la dernière et précéder de quelques heures le terrible passage à l’acte du patient. Elle nous a été aimablement fournie par notre collègue, le docteur Herbert, qui nous assure que le patient savait fort bien que toutes les séances étaient enregistrées. Chaque mot de ce long monologue – contrairement à ce que pourraient laisser penser certains passages de la transcription, à aucun moment le docteur Herbert n’intervient – prend par conséquent une signification toute particulière.

L’absence de réaction du docteur Herbert, non moins que son silence que l’avocat des parties civiles a jugé « assourdissant », ne cessent d’ailleurs pas d’étonner et d’interroger. L’instruction est toujours en cours.)

« Non, je vous le répète pour la millième fois, monsieur Herbert. Je ne me soucie nullement des frasques sexuelles de Clémence… C’est un peu humiliant certes, les vidéos surtout, mais je n’en fais pas toute une histoire. Nous vivons sous le même toit, l’un à côté de l’autre depuis des années et je la soupçonne simplement d’être devenue folle, à force de courir après sa jeunesse enfuie… Pauvre Clémence en guerre avec son âge et refaite de partout à coups de chirurgie esthétique… »

(Silence de quelques secondes.)

« En revanche, et en suivant vos conseils si avisés monsieur Herbert, j’ai tenté l’autre jour de dialoguer avec mon crétin de fils. Oui, dialoguer ! En m’exhortant au calme, j’ai commencé par lui rappeler qu’à ma connaissance l’herbe était toujours une substance illégale, ce qui est un premier problème, mais qu’en outre en consommer me semblait malgré tout contrevenir aux préceptes de sa foi… Vous remarquerez au passage monsieur Herbert combien je prends des pincettes, pour ne surtout pas l’offenser… Ce crétin a haussé les épaules, en marmonnant que je n’y connaissais rien. Croyant le toucher au cœur, je lui ai alors rappelé son asthme, qui nous a tant inquiétés tout au long de son enfance. Sa réponse m’a paru si consternante que j’ai renoncé à poursuivre…

Le dialogue est un mythe, une fiction, une sinistre invention… Avec un grand sourire, comme soulagé, ce crétin décérébré m’a expliqué que je n’avais pas à m’inquiéter : son dieu qui est béni, illustre etc., dans sa grande mansuétude, l’a guéri de son asthme… Que répondre à une telle insanité franchement ? Plutôt que de le soulever de son sofa et de l’écrabouiller comme l’aurait mérité ce misérable pou, je suis allé dans la cuisine me servir un verre… Car, oui, oui, vous pouvez le noter monsieur Herbert, j’ai un peu recommencé à boire… »

(Long silence. Le patient tousse à deux reprises.)

« Jeanne, quoi, Jeanne… Je n’ai pas envie de vous parler de Jeanne. Sous vos airs d’endormi, vous êtes un sadique monsieur Herbert… Jeanne était un miracle, la plus belle chose qui nous soit arrivée à Clémence et à moi… Et à présent, elle est maigre, hideuse, toujours sur les nerfs à propos de tout et de rien…

Oui, oui, je la soupçonne d’aimer les filles, et alors monsieur Herbert ? Ce n’est pas du tout le problème… Cela me serait même relativement indifférent, si elle avait meilleur goût… Car, son amie, Coralie, avec laquelle je la soupçonne en effet de ne pas jouer qu’au UNO, désespère la description… Tatouée de partout, lourde, moche. Regard vide, bovin. Cette Coralie, cette grosse vache bonne pour l’abattoir, qui est sans cesse occupée de se curer le nez de la façon la plus révoltante, ne doit pas avoir plus de trois mots de vocabulaire…

Et Jeanne, Jeanne qui est si intelligente et néglige dorénavant ses études, les savoirs académiques n’étant à l’entendre qu’une accumulation de préjugés réactionnaires…  Réactionnaire est le mot que Jeanne a sans cesse en bouche, en même temps que l’une de ses horripilantes sucettes véganes, que j’ai toujours envie de lui retirer, quitte à la lui arracher… Cela va trop loin… Avant-hier, croyant sans doute me faire plaisir, elle a eu cette phrase sidérante, je cite :Ce n’est pas ta faute papa… Maman aussi est réactionnaire avec son goût du phallus… »

(Silence d’une trentaine de secondes, ponctué de bruits indistincts.)

« Je vous le demande sincèrement monsieur Herbert : suis-je le seul être sensé, dans cet asile de fous qu’est devenue ma propre maison ?

Quoi, la résilience… Qu’est-ce que vous essayez de me vendre au juste monsieur Herbert ? Vous voulez que j’achète des bouquins de votre collègue de plateaux Boris Cyrulnik, c’est ça ? Je devrais prendre sur moi, c’est ça… Surmonter l’épreuve, qui me grandira, c’est ça… Ne renoncez pas au bonheur. Entre vous et le monde, choisissez le monde.  Ce genre de formules creuses qui ne veulent rien dire… Et ne pas m’en faire d’entendre toute la journée ma femme gueuler Orgasme, mon fils Allah est grand et ma fille Réactionnaire !

Vous êtes un escroc, monsieur Herbert ! La résilience, pour ce que j’en sais, c’est trop sucré, c’est comme une pâte de fruits, écœurant et dégueulasse… Philosophie de bazar et slogan publicitaire pour temps consumériste…. Prenez sur vous, adaptez-vous ! Je n’ai pas envie d’être résilient, moi… Ce sera résilience zéro, moi. Quand on entend un même mot partout du matin au soir, qu’un ministre quelconque vous parle même de plans de relance et de résilience, il faut se méfier…

Je n’oublie rien, je ne pardonne rien, moi monsieur Herbert, je ne m’avoue pas vaincu, moi monsieur Herbert, et vous ne me reverrez plus… Je me battrai jusqu’au bout ! Je leur ferai entendre raison à tous, même si je dois en devenir fou… Votre chèque, quoi votre chèque ? Vous voudriez que je vous paie en plus ? »

(Bruit d’une chaise qui se renverse, d’un mouvement confus et d’une porte qui claque. Cris du docteur Herbert à l’adresse du patient pour le retenir. Ainsi se termine l’enregistrement.)

                                                                              Frédéric Perrot

Carnaval de Rixiourse (suite)

(Le paru) « Musique et respect »

Ce même soir, dans une salle du castel de la même ville, l’ensemble «Musique et respect» vint interpréter un choix de musiques de cérémonies.

Les six trompettes, deux cors et les timbales ont enchanté un large parterre de connaisseurs. Le but de « Musique et respect » ? Faire découvrir une musique un peu vite oubliée, jouée avec des instruments inusuels. Montrer aussi la difficulté accrue du jeu de la trompette naturelle. Mais aux accords qui résonnent dans la salle, le public est convaincu que trompettes naturelles et cors ne sont pas de simples instruments aux ors desquels s’entrelacent les rouges des velours.

En un mot : superbe !

L’esprit du siècle du grand cardinal est revenu habiter ces lieux. Et avec lui les charmes des fêtes des cours des rois. La musique baroque est des plus « primitives », et pourtant si savante déjà. Le public vibre et comprend la passion qui anime ces musiciens expérimentés : ces musiciens de « Musique et respect » qui forment depuis trente ans le seul ensemble de ce type dans le Rixioursois, et qui vinrent nous enchanter.

(Le vrai) Respect

Ce même soir, dans une salle du castel de la même ville, l’ensemble « Musique et respect » vint interpréter un choix de musiques de cérémonies.

En un mot : superbe !

Claudine, 14 ans et demi, élève au conservatoire, essuie une larme qui coule le long de son œil. « Je suis heureuse de pouvoir assister dans ce bled à un spectacle aux qualités réelles. Sur le plan freudien, j’ai flingué mon père. Ce rustre voulait aller voir le concert d’Al Dumm. Pour l’en empêcher, j’ai piqué sa voiture et je suis venue seule. C’est à n’y rien comprendre ! Il n’y a personne, alors que l’autre taré fait salle comble. »

Petite Claudine, moi je comprends très bien.

© Frédéric Bach

Pour accéder à l’ensemble des articles détournés, c’est ici.

Le trompettiste

1500 signes en feuilleton en ligne

Depuis 2 jours, je mets en ligne un texte de jeunesse, 1500 signes. C’est la réécriture humoristique d’articles des pages locales de la PQR – Presse Quotidienne Régionale. Vous pourrez suivre la vie d’une petite ville de province à travers des articles pastiches. A chaque fois, je donne l’article publié dans la PQR, puis sa parodie. Pour respecter l’idée de l’almanach, la diffusion de ces textes ira jusqu’en décembre.

L’ensemble des textes parus est disponible sur cette page :

https://frederic-bach.com/category/1500-signes/

Et également sur Wattpad :

https://www.wattpad.com/1195568165-1500-signes-un-almanach-introduction

Mercredis de la poésie du 26 janvier

Un vieux dessin sur mon blog, c’était il y a 5 ans, et ce sera peut-être aussi un avant-goût de la lecture d’après-demain. Au FEC – Foyer des Etudiants Catholiques, place Saint-Etienne, à 18h30. Il y aura de la poésie surtout ce mercredi, peut-être une invitation à la nécessité de fricoter encore en ces temps de pandémie. Si le clairon résonne plus fort à l’est, j’improviserai, peut-être aussi, sur un pamphlet qui me reste dans les tiroirs, une allégorie sur les déboires d’Agamemnon contemplant le bourbier du siège de Troie. Ceci après un saut dans l’inconscient d’une femme aux prises avec l’incube. Et il y aura t-il, toujours peut-être, des chiens ?

Les chiens, les chiens qui hurlent dans la tête du héros haineux de la Bascule, les chiens qui hurlent dans toutes les têtes, les chiens qui hurlent à la mort et annoncent le malheur, les chiens si fidèles, le chien qui est votre animal-totem. Les chiens, parce qu’il est de bon ton, normal n’est-ce pas, d’aimer les bêtes.

EXTRAIT DE LA BASCULE : (…) , les anges et les chiens me protègent et je suis plus fort, mes chiens sont des lévriers combattants avec des sortilèges dont nul ne peux soupçonner la force, ils me disent ce que je dois faire, comment mener ma barque, et jusqu’à présent salopards ça vous ferez mal de l’admettre mais je m’en suis pas trop mal tiré, chus encore vivant bordel, allez tous vous faire foutre mes voix sont libres et moi qui les entends je suis le seul être libéré ici-bas et les chiens, bordel, les chiens sont mon rempart et ma force.

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Le héros de la Bascule poursuivi par un chien
Plutôt un loup ?

26/01/2022 : Les mercredis de la poésie

Avant je titrais « Lecture sonore avec Bela Goosy », parce que mon ami faisait le son, et une lecture c’est toujours sonore n’est-ce pas ? Si la technique l’informatique le numérique suit, et je suis sûr que ça suivra, je rajouterai même des images à la lecture…

Au Foyer des Etudiants Catholiques (le « FEC ») le mercredi 26 janvier à 18h30.

Je parlerai de chiens, de voix dans la tête, de Merlin l’Enchanteur et de calbute, à travers un choix de poésies et de quelques extraits de la Bascule.

Mon ami Frédéric Perrot lira quant à lui des extraits de son recueil les Fontaines Jaillissantes. Vous trouverez son travail sur le site le Bel de mai.

Pour avoir un aperçu de la musique de Bela Goosy, c’est à cet endroit.

Le Flyer

1500 signes, un almanach : introduction

J’ai choisi de mettre en ligne ce texte de jeunesse, écrit entre 2004 et 2007 environ. Je me suis rendu compte qu’après quinze ans dans les tiroirs son côté désuet (« un peu IIIe République », notait un ami à sa lecture) offrait paradoxalement une certaine fraîcheur à sa thématique principale : le suivi de l’actualité d’une ville de province par le pigiste des pages locales, qui décide de détourner les articles qu’il écrit pour ne pas finir blasé.

Je compte diffuser ces articles ici, d’abord de façon rapprochée pour « rattraper » le mois de janvier, puis au rythme d’environ un article par semaine. A chaque fois je donne d’abord l’article publié dans la presse locale, puis un détournement. J’ai écrit le plupart des articles qui ont servi de trame à ce récit, mais j’ai évidemment modifié à peu près tout, synthétisé de nombreux personnages en un seul, j’en ai inventé d’autres. Certains -rares- articles ou évènements ne sont basés sur rien.

Voici l’introduction de 1500 signes, un almanach :

En 2007, un jeune homme fit des piges alimentaires dans un petit quotidien de Rixiourse. « J’aime ce job ! » disait-il à qui voulait l’entendre. Mais il était désabusé par le décalage entre ce qu’il voyait et ce qu’il devait écrire pour publier son article. Il lui fallait lutter contre cet aspect du boulot. D’abord parce qu’ « il aimait ce job », et qu’il ne voulait pas finir blasé à 30 ans. Mais surtout parce qu’il devait gagner sa croûte. Alors il décida que chaque pige aurait sa réécriture mettant en scène ce qu’il ne fallait pas voir. Cela lui prit deux fois plus de temps. Mais il rigola beaucoup. Voici ces secondes versions, non publiées dans le journal local, mais rendant avec bien plus de vérité la vie à Rixiourse et les mœurs des habitants.

(Le paru) : ce qui a été publié.

(Le vrai) : ce que le journaliste aurait voulu écrire, s’il avait le choix…

© Frédéric Bach