La Bascule

La Bascule, – Deux jours dans la tête d’un tueur, est le premier roman de Frédéric Bach. C’est le récit immersif d’une descente dans la psychose meurtrière. Paru en décembre 2016, chez Camion Noir, l’éditeur qui véhicule le soufre ! Vous pouvez vous le procurer chez l’éditeur ou chez vos libraires habituels…

Bela Goosy, un des premiers lecteurs de la Bascule, a repris le texte pour en faire un titre de darkwave

Une critique de Jean-Paul Klée

Jean-Paul Klée a lu (en 1 jour et demi !) et apprécié le roman La Bascule : ci-après la critique qu’il m’en a faite, dans son style inimitable.

Qui donc a lu Frédéric BACH ?…

De : Frédéric BACH, la Bascule, Deux jours dans la tête d’un tueur (édit. Camion Noir, décembre 2016) 217 pages. L’auteur vient d’avoir 40 ans, il vit dans le Bas-Rhin au pied des Vosges (c’est un léger pseudonyme). Je ne lis jamais ce genre de livres (thrillers…). Une amie commune m’avait filé, de lui, un manuscrit de poëmes, sans plus. Là, c’est d’une maîtrise ahurissante pour un premier roman. C’est un maître livre. Quel ton, quelle justesse, quel scénario, quelle psychologie !.. On hallucine. Dans le genre bien sûr de Céline & des grands romanciers USA.

Tout a lieu à la première personne, dans un français très parlé, populaire, familier, relâché, argotique ou même ordurier, « porno », disons-le. Mais quel art de la phrase & même de la syllabe !.. On n’en perd pas une miette, ni un seul mot.

C’est un jeune homme suivi depuis 10 ans par un psychiatre & sa vie est ponctuée de « xanax » [des calmants] & même parfois d’un séjours ou deux en HP. Il est marié, adore sa femme (si gentille, tolérante), ils ont une petite fille & il change très souvent de boulot, même qu’il drague les employées de l’ANP. La sexualité l’occupe très souvent, il nous dit quand il bande ; quand il est reçu (à la hussarde) par une femme ou une jeune fille rencontrée çà ou là, dans un train ou un supermarché. Le lecteur est captif, il suit chaque pas du héros en direct, comme si voyeur… Tout est nécessaire, tressé, relu, peaufiné, ajusté comme de la mosaïque : micro-psychologie, tout le flux mental qui vous passe dans la « méduse » à tout instant. On s’y colle vraiment. Une toile d’araignée : elle englue le personnage principal qui – hélas – va tomber plusieurs fois (dans un gouffre, une abysse) & là ça se termine très mal : quatre fois, une crise ; quatre fois un chapitre épouvantable (l’éditeur, m’a confié l’auteur, m’a demandé d’être plus hard) alors j’ai rajouté du très lourd, me dit-il. On peut à peine (avec peine) traverser ces quatre chapitres-là, au secours !…

L’homme est obsédé par « des voix » qu’il entend & et aussi des chiens hurleurs & des cerfs-volants plus ou moins chinois. Il se trouve très souvent « mignon, joli gosse »; il est très bien habillé, parfumé, en recherche tout le temps d’un nouveau job ou (&) d’une nouvelle meuf. Il parle librement de sa bitte ; elle intéresse les dames. Hélas il y a des fois où (dans une sacristie ou un grand aéroport) cela tourne très très rouge & noir ! Quelqu’un veut inventer (p. 55) une machine pour manger, ça donnera beaucoup d’argent. Il se fait passer pour un médecin ou théologien & ça marche vachement, hélas ! Il croit (encore un peu) en Dieu. Il écrit aussi (dans les cafés) de la poésie. Est-il, sera-t-il poète ?… Bien sûr un roman d’une telle étendue (56 séquences) n’a rien à voir avec les éjaculats plus ou moins lyriques qu’on ramasse (vite fait) dans un calepin d’étudiant = flash ! Ici c’est déjà travail de très longue haleine, style aqueduc romain & l’eau (le vif-argent) parvient jusqu’à la 56e arcade. Pari largement gagné. Les fameuses « voix » sont devenues (p. 81) ses inspiratrices, tant mieux,… tout sera-t-il donc sauvé ? On verra !… « Mon innocence est provisoire » (85) comme un peu chacun d’entre nous ?.. Et alors dans tout cela, Dostoïevski & Camus & Jean-Paul Sartre qui à Venise voyait dans la rue des écrevisses… « Ma femme aussi elle me dit (89), je suis un bon coup pas qu’au lit »… Tant mieux donc & tout le monde sera-t-il d’ici peu pardonné ?.. Vous m’en reparlerez, en novembre ou février.

Vraies pages d’anthologie, Houelbecque écrit-il beaucoup mieux ? La p. 93 à 97, les 118 à 122 (on ne supporte pas, les 127 à 128) (même Sade ou Bataille, à côté de cela ?…) ■■ « Et lorsque la haine me saisit… » (130) ■■ Les 152 à 157 (meurtre dans la sacristie) on se dit comment peut-on écrire cela (comme quand vous regardez un film de Hitchcock ou un tableau de Goya : toute littérature a toujours évoqué « le » tueur (mais pas avec un tel luxe d’ordures). Alors quoi faut-il penser ?… Que Frédéric Bach est d’un seul coup – d’un seul,- un grand écrivain : il voit (même si son audience est encore [&moi donc…] très confidentielle) : on dirait déjà d’un classique, hé donc !…

Écrivain d’horreur comme l’on dit « un film d’horreur » ? La 5e crise (ou séquence) est à vomir (pp 170 à 173) ces choses-là arrivent hélas tous les jours et pas que dans les faits d’hyver ou la revue spécialisée DÉTECTIVE… non ?…

Le roman se termine au terminal d’un grand aéroport parisien (un projet de retour au Congo), il y a dans la tête du narrateur « des ectoplasmes modelés dans une glaise de haine crasse & de sensibilité sublime »

Moi qui, bien sûr, ai horreur de tout cela & qui depuis l’enfance suis d’une patience quasi-angélique (on me surnommait le petit Jésus), j’ai lu toute la Bascule, en un jour & demi & mot à mot, soulignant des choses au fluo citron & parce que je savais qu’il y avait très peu de chances qu’un autre que moi « fasse le job », même & surtout si ce livre-là est très, très fort !… Les gens ça leur fait quoi donc si on leur lance « lisez Frédéric Bach, il va vraiment très très loin !… » ■■ Merci à vous, Frédéric d’Alsace, d’avoir poussé aussi haut « le » bouchon dans un ciel aussi noir, aussi bleu, aussi blanc !… Tous nous survivrons, « ma grandeur (211) sera connue de par le monde » !…

Jean-Paul KLÉE

(à Strasbourg 15 août 2019).

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