A la bibliothèque

Les bibliothèques sont des lieux sublimes. On y trouve de la lecture et de la culture, ça occupe. Si on n’a nul endroit où poser ses fesses, les espaces de travail sont parsemés de fauteuils moelleux – à la différence des rues de nos jours où les bancs sont impraticables (quand on en trouve). S’il pleut dehors, il y a un toit, de la chaleur, parfois même à boire, ne serait-ce qu’une fontaine à eau fraîche et un distributeur de café. Il y a des toilettes également. Les étudiantes qui les fréquentes sont jolies, les intellectuels qui lisent des revues compliquées sont prêts à taper la discute. C’est France Culture avec des jolies filles autour. On ne va toutefois pas se mentir, les étudiantes sont entourées de boutonneux, et parfois les intellos tirent la tronche – mais je crois qu’eux non plus ne supportent pas les boutonneux. Mais il y a le wifi et des prises pour son téléphone, son ordinateur, sa vapoteuse. Au chapitre des doléances, il y a une liste d’interdictions à respecter, il faut par exemple sortir pour allumer sa clope, c’est compliqué de décapsuler une bière, etc…, rien que du classique de nos jours. Mais les bistrots ne sont en général jamais loin, les bibliothèques étant en centre-ville.

Je fréquente à Strasbourg les médiathèques Olympe de Gouges et André Malraux. La première parce qu’elle est proche de la gare et donc du chemin pour aller au taf – vous pouvez y emprunter La Bascule si vous voulez bouquiner dans le train. La seconde parce qu’elle est plus grande et qu’elle en jette, donc.

J’ai beaucoup dessiné dans ces deux médiathèques. Cet album regroupe les dessins :

Dans la médiathèque / In the library
Dessins aux médiathèques André Malraux et Olympes de Gouges

Résilience 0 – par Frédéric Perrot

Une courte nouvelle de mon ami Frédéric Perrot. L’article original sur le site Bel de Mai est ici.

Résilience 0 – Illustration Frédéric Bach

« La réalité, c’est ce qui refuse de disparaître quand on cesse d’y croire. »

                                                (Philip K. Dick, Siva)

(Page manuscrite retrouvée dans le portefeuille du patient après sa neutralisation. Les italiques correspondent aux mots soulignés en rouge par le patient.)

« Ma femme jouit dans le lit d’un autre. Plusieurs fois par jour, avec une constance admirable, elle publie des vidéos de ses coïts acrobatiques sur un réseau social baptisé Orgasme et compagnie.

Mon fils aîné, ce crétin, après avoir rêvé pendant quelques mois au djihad, les yeux rivés sur des vidéos ignobles de décapitations et autres atrocités, prétend à présent avoir renoncé à la violence, privilégiant une pratique soft et modérée de sa nouvelle foi. Il porte la barbe, la djellaba et vautré dans le sofa du salon passe ses journées à fumer de l’herbe et à apprendre la langue arabe.

Ma fille cadette, Jeanne, la prunelle de mes yeux, s’est rasé la tête, est devenue végane, milite pour le climat et de son côté passe ses journées à publier sur le Net des tribunes incendiaires contre le patriarcat et les vieux mâles blancs réactionnaires dont à l’entendre je serais une incarnation typique ! Moi le plus tolérant des pères et le plus doux des maris…

Tel est dans ses grandes lignes le résumé de ma triste situation familiale, celle dont je m’entretiens jusqu’à quatre fois par semaine avec mon psychanalyste : le célèbre et très médiatique Frank Herbert. « Vu à la télé » est-il inscrit sur chacun de ses forts volumes de réflexions, qui paraissent à un rythme régulier, à raison de six ou sept par an, si je ne me trompe… Les yeux mi-clos, cette sommité, ce brillant cerveau, ce colosse de la pensée conceptuelle m’écoute, ne dit rien ou presque et j’essaie toujours d’être le plus clair possible avec lui, même quand j’ai l’impression très fâcheuse qu’il s’est endormi le salaud… »

(Ce qui suit est la transcription de la houleuse séance du 22 novembre 2021, qui devait se révéler la dernière et précéder de quelques heures le terrible passage à l’acte du patient. Elle nous a été aimablement fournie par notre collègue, le docteur Herbert, qui nous assure que le patient savait fort bien que toutes les séances étaient enregistrées. Chaque mot de ce long monologue – contrairement à ce que pourraient laisser penser certains passages de la transcription, à aucun moment le docteur Herbert n’intervient – prend par conséquent une signification toute particulière.

L’absence de réaction du docteur Herbert, non moins que son silence que l’avocat des parties civiles a jugé « assourdissant », ne cessent d’ailleurs pas d’étonner et d’interroger. L’instruction est toujours en cours.)

« Non, je vous le répète pour la millième fois, monsieur Herbert. Je ne me soucie nullement des frasques sexuelles de Clémence… C’est un peu humiliant certes, les vidéos surtout, mais je n’en fais pas toute une histoire. Nous vivons sous le même toit, l’un à côté de l’autre depuis des années et je la soupçonne simplement d’être devenue folle, à force de courir après sa jeunesse enfuie… Pauvre Clémence en guerre avec son âge et refaite de partout à coups de chirurgie esthétique… »

(Silence de quelques secondes.)

« En revanche, et en suivant vos conseils si avisés monsieur Herbert, j’ai tenté l’autre jour de dialoguer avec mon crétin de fils. Oui, dialoguer ! En m’exhortant au calme, j’ai commencé par lui rappeler qu’à ma connaissance l’herbe était toujours une substance illégale, ce qui est un premier problème, mais qu’en outre en consommer me semblait malgré tout contrevenir aux préceptes de sa foi… Vous remarquerez au passage monsieur Herbert combien je prends des pincettes, pour ne surtout pas l’offenser… Ce crétin a haussé les épaules, en marmonnant que je n’y connaissais rien. Croyant le toucher au cœur, je lui ai alors rappelé son asthme, qui nous a tant inquiétés tout au long de son enfance. Sa réponse m’a paru si consternante que j’ai renoncé à poursuivre…

Le dialogue est un mythe, une fiction, une sinistre invention… Avec un grand sourire, comme soulagé, ce crétin décérébré m’a expliqué que je n’avais pas à m’inquiéter : son dieu qui est béni, illustre etc., dans sa grande mansuétude, l’a guéri de son asthme… Que répondre à une telle insanité franchement ? Plutôt que de le soulever de son sofa et de l’écrabouiller comme l’aurait mérité ce misérable pou, je suis allé dans la cuisine me servir un verre… Car, oui, oui, vous pouvez le noter monsieur Herbert, j’ai un peu recommencé à boire… »

(Long silence. Le patient tousse à deux reprises.)

« Jeanne, quoi, Jeanne… Je n’ai pas envie de vous parler de Jeanne. Sous vos airs d’endormi, vous êtes un sadique monsieur Herbert… Jeanne était un miracle, la plus belle chose qui nous soit arrivée à Clémence et à moi… Et à présent, elle est maigre, hideuse, toujours sur les nerfs à propos de tout et de rien…

Oui, oui, je la soupçonne d’aimer les filles, et alors monsieur Herbert ? Ce n’est pas du tout le problème… Cela me serait même relativement indifférent, si elle avait meilleur goût… Car, son amie, Coralie, avec laquelle je la soupçonne en effet de ne pas jouer qu’au UNO, désespère la description… Tatouée de partout, lourde, moche. Regard vide, bovin. Cette Coralie, cette grosse vache bonne pour l’abattoir, qui est sans cesse occupée de se curer le nez de la façon la plus révoltante, ne doit pas avoir plus de trois mots de vocabulaire…

Et Jeanne, Jeanne qui est si intelligente et néglige dorénavant ses études, les savoirs académiques n’étant à l’entendre qu’une accumulation de préjugés réactionnaires…  Réactionnaire est le mot que Jeanne a sans cesse en bouche, en même temps que l’une de ses horripilantes sucettes véganes, que j’ai toujours envie de lui retirer, quitte à la lui arracher… Cela va trop loin… Avant-hier, croyant sans doute me faire plaisir, elle a eu cette phrase sidérante, je cite :Ce n’est pas ta faute papa… Maman aussi est réactionnaire avec son goût du phallus… »

(Silence d’une trentaine de secondes, ponctué de bruits indistincts.)

« Je vous le demande sincèrement monsieur Herbert : suis-je le seul être sensé, dans cet asile de fous qu’est devenue ma propre maison ?

Quoi, la résilience… Qu’est-ce que vous essayez de me vendre au juste monsieur Herbert ? Vous voulez que j’achète des bouquins de votre collègue de plateaux Boris Cyrulnik, c’est ça ? Je devrais prendre sur moi, c’est ça… Surmonter l’épreuve, qui me grandira, c’est ça… Ne renoncez pas au bonheur. Entre vous et le monde, choisissez le monde.  Ce genre de formules creuses qui ne veulent rien dire… Et ne pas m’en faire d’entendre toute la journée ma femme gueuler Orgasme, mon fils Allah est grand et ma fille Réactionnaire !

Vous êtes un escroc, monsieur Herbert ! La résilience, pour ce que j’en sais, c’est trop sucré, c’est comme une pâte de fruits, écœurant et dégueulasse… Philosophie de bazar et slogan publicitaire pour temps consumériste…. Prenez sur vous, adaptez-vous ! Je n’ai pas envie d’être résilient, moi… Ce sera résilience zéro, moi. Quand on entend un même mot partout du matin au soir, qu’un ministre quelconque vous parle même de plans de relance et de résilience, il faut se méfier…

Je n’oublie rien, je ne pardonne rien, moi monsieur Herbert, je ne m’avoue pas vaincu, moi monsieur Herbert, et vous ne me reverrez plus… Je me battrai jusqu’au bout ! Je leur ferai entendre raison à tous, même si je dois en devenir fou… Votre chèque, quoi votre chèque ? Vous voudriez que je vous paie en plus ? »

(Bruit d’une chaise qui se renverse, d’un mouvement confus et d’une porte qui claque. Cris du docteur Herbert à l’adresse du patient pour le retenir. Ainsi se termine l’enregistrement.)

                                                                              Frédéric Perrot

1500 signes, un almanach

J’ai choisi de mettre en ligne ce texte de jeunesse, écrit entre 2004 et 2007 environ. Je me suis rendu compte qu’après quinze ans dans les tiroirs son côté désuet (« un peu IIIe République », notait un ami à sa lecture) offrait paradoxalement une certaine fraîcheur à sa thématique principale : le suivi de l’actualité d’une ville de province par le pigiste des pages locales, qui décide de détourner les articles qu’il écrit pour ne pas finir blasé.

Sur Wattpad, cela donne ceci :

https://www.wattpad.com/story/302574832-1500-signes-un-almanach

N’hésitez pas à y faire un tour, à commenter, etc. L’interface est vraiment pratique pour la lecture, si tant est qu’on apprécie la lecture sur écran. Evidemment, il faut lire les articles par deux, l »officiel » et le « pastiche ».

Je compte diffuser ces articles ici, d’abord de façon rapprochée pour « rattraper » le mois de janvier, puis au rythme d’environ un article par semaine. A partir de mars, je me focaliserai sur l’application de lecture Wattpad. A chaque fois je donne d’abord l’article publié dans la presse locale, puis un détournement. J’ai écrit le plupart des articles qui ont servi de trame à ce récit, mais j’ai évidemment modifié à peu près tout, synthétisé de nombreux personnages en un seul, j’en ai inventé d’autres. Certains -rares- articles ou évènements ne sont basés sur rien.

Voici l’introduction de 1500 signes, un almanach :

En 2007, un jeune homme fit des piges alimentaires dans un petit quotidien de Rixiourse. « J’aime ce job ! » disait-il à qui voulait l’entendre. Mais il était désabusé par le décalage entre ce qu’il voyait et ce qu’il devait écrire pour publier son article. Il lui fallait lutter contre cet aspect du boulot. D’abord parce qu’ « il aimait ce job », et qu’il ne voulait pas finir blasé à 30 ans. Mais surtout parce qu’il devait gagner sa croûte. Alors il décida que chaque pige aurait sa réécriture mettant en scène ce qu’il ne fallait pas voir. Cela lui prit deux fois plus de temps. Mais il rigola beaucoup. Voici ces secondes versions, non publiées dans le journal local, mais rendant avec bien plus de vérité la vie à Rixiourse et les mœurs des habitants.

(Le paru) : ce qui a été publié.

(Le vrai) : ce que le journaliste aurait voulu écrire, s’il avait le choix…

© Frédéric Bach

1500 signes en feuilleton en ligne

Depuis février, je mets en ligne un texte de jeunesse, 1500 signes. C’est la réécriture humoristique d’articles des pages locales de la PQR – Presse Quotidienne Régionale. Vous pourrez suivre la vie d’une petite ville de province à travers des articles pastiches. A chaque fois, je donne l’article publié dans la PQR, puis sa parodie. Pour respecter l’idée de l’almanach, la diffusion de ces textes ira jusqu’en décembre.

Les premiers textes parus (jusqu’en février) sont disponibles sur cette page :

https://frederic-bach.com/category/1500-signes/

Et également sur Wattpad :

https://www.wattpad.com/1195568165-1500-signes-un-almanach-introduction

Carnaval de Rixiourse (suite)

(Le paru) « Musique et respect »

Ce même soir, dans une salle du castel de la même ville, l’ensemble «Musique et respect» vint interpréter un choix de musiques de cérémonies.

Les six trompettes, deux cors et les timbales ont enchanté un large parterre de connaisseurs. Le but de « Musique et respect » ? Faire découvrir une musique un peu vite oubliée, jouée avec des instruments inusuels. Montrer aussi la difficulté accrue du jeu de la trompette naturelle. Mais aux accords qui résonnent dans la salle, le public est convaincu que trompettes naturelles et cors ne sont pas de simples instruments aux ors desquels s’entrelacent les rouges des velours.

En un mot : superbe !

L’esprit du siècle du grand cardinal est revenu habiter ces lieux. Et avec lui les charmes des fêtes des cours des rois. La musique baroque est des plus « primitives », et pourtant si savante déjà. Le public vibre et comprend la passion qui anime ces musiciens expérimentés : ces musiciens de « Musique et respect » qui forment depuis trente ans le seul ensemble de ce type dans le Rixioursois, et qui vinrent nous enchanter.

(Le vrai) Respect

Ce même soir, dans une salle du castel de la même ville, l’ensemble « Musique et respect » vint interpréter un choix de musiques de cérémonies.

En un mot : superbe !

Claudine, 14 ans et demi, élève au conservatoire, essuie une larme qui coule le long de son œil. « Je suis heureuse de pouvoir assister dans ce bled à un spectacle aux qualités réelles. Sur le plan freudien, j’ai flingué mon père. Ce rustre voulait aller voir le concert d’Al Dumm. Pour l’en empêcher, j’ai piqué sa voiture et je suis venue seule. C’est à n’y rien comprendre ! Il n’y a personne, alors que l’autre taré fait salle comble. »

Petite Claudine, moi je comprends très bien.

© Frédéric Bach

Pour accéder à l’ensemble des articles détournés, c’est ici.

Le trompettiste

Micro-trottoir du premier de l’an

(LE PARU) 2007 : LES RÉSOLUTIONS DU premier DE L’AN

Petite balade à la rencontre des habitants de Rixiourse. Comment s’est déroulé 2006 ? Quels sont vos désirs pour 2007 ? Micro-trottoir…

Claudine, 14 ans

« 2006 était une bonne année. J’ai eu mon bac… et des choix à faire. Mon amour de la philosophie m’a orientée vers khâgne plutôt que polytechnique. Je suivrai les cours du conservatoire en parallèle. Je joue du violon depuis l’âge de 4 ans, et l’an passé j’ai commencé la guitare. Mon vœu pour 2007, c’est que le monde aille mieux. J’y crois : c’est important d’être optimiste pour être philosophe. »

Hector Trompelamort, 92 ans, doyen de Rixiourse

« Je suis un ancien cheminot qui profite de sa retraite pour étudier la philosophie. Comme Claudine, j’ai eu des choix à faire : il m’a fallu trouver un sujet pour ma thèse. Ma résolution aujourd’hui ? Rester jeune dans ma tête. C’est important pour vieillir sereinement. »

Alexandre Petitcoq, maire de Rixiourse

« Bonne année à tous les Rixioursois. Cette année, je serai encore à votre écoute. Mon vœu pour 2007 ? Continuer à mener dans la confiance notre cité. A titre personnel, je compte rapidement trouver une destinée à notre ancienne piscine municipale. »

Sylvio Icclamento, député du Rixioursois, et Jacques Richtounet, maire de Basses-Roches

Sylvio Icclamento : « Je suis heureux d’être le premier à pouvoir transmettre mes vœux par voie de presse. Mon projet pour Rixiourse tient en un mot : écologie. Et en ce matin de nouvel an, je viens de rencontrer Jacques par hasard. Nous avons déjà commencé à travailler sur les espaces verts du canton. »

Jacques Richtounet : « D’abord, bonne année à tous. L’écologie n’est pas un vain mot pour moi. Espaces verts, recyclage, lutte contre l’urbanisation galopante et les projets immobiliers démesurés : voici des notions qui me parlent. »

(Le vrai) Une année qui promet

Petite balade à la rencontre des habitants de Rixiourse. Comment s’est déroulé 2006 ? Quels sont vos désirs pour 2007 ? Micro-trottoir…

Claudine, 14 ans et Hector Trompelamort, 92 ans, doyen de Rixiourse

Claudine : « Comme j’ai pas mon permis de conduire, je bouge dans ce bled avec Hector. 2006 était une bonne année. J’ai eu mon bac… et les choix à faire qui vont avec. Mes vieux voulaient que j’aille à Polytechnique, mais j’ai préféré faire khâgne, pour être philosophe comme Hector. Alors du coup, ça les énerve. D’ailleurs ma résolution pour 2007, c’est que lorsqu’ils râleront, je m’en balancerai. Je suivrai les cours du conservatoire en parallèle. Je joue du violon depuis l’âge de 4 ans, mais depuis six mois je me défonce plutôt sur ma guitare électrique. Maman dit que c’est la crise d’adolescence. Mon vœu pour 2007, c’est de comprendre enfin le monde des adultes. Hector dit que quand j’aurai compris ça, j’aurai fait le plus gros du boulot pour être une bonne philosophe. »

Hector Trompelamort : « Je suis cheminot, retraité depuis maintenant plus de 40 ans. J’ai commencé à étudier la philosophie dans une période, disons (sourire gêné)… Troublée… De ma soixantaine. Et je continuerai cette année à mon habitude. Le travail par correspondance est plus facile avec Internet. Comme la P’tite Claudine, j’ai eu des choix à faire : il m’a fallu trouver un sujet pour ma sixième thèse tout en passant la cinquième. Ma résolution aujourd’hui est la même que tous les premiers de l’an depuis que j’ai vu cet Américain marcher sur la Lune : rester jeune dans ma tête. C’est pour cela que je suis copain avec P’tite Claudine : on discute philo ensemble. Elle est très forte. Elle sirote son coca pour donner du carburant à ses artères, moi je bois mon whisky pour les conserver1. On va continuer cette année, j’espère. Mon souhait pour 2007 ? Ce serait de comprendre enfin le monde des adultes. Quand j’aurai compris cela, je pourrai partir en paix : j’aurais été un bon philosophe. Mais je crois que ce n’est pas demain la veille. »

Alexandre Petitcoq, maire de Rixiourse

« Que la nouvelle année est belle. Amener le Premier de l’an à Rixiourse est un signe fort. Mes décisions pour cette nouvelle année me seront dictées par mes concitoyens. Mon vœu pour 2007 ? Nous entamons la période électorale, les Rixioursois et Rixioursoises savent que mon désir est de continuer à mener dans la confiance notre petite cité vers le bel avenir auquel elle peut prétendre. Cela se jouera à la mairie certes, mais j’espère aussi depuis un siège de l’Assemblée nationale. A titre personnel, je compte rapidement trouver une destinée à notre ancienne piscine municipale. Je veux redonner une seconde jeunesse à cet espace où se sont amusées des générations de Rixioursoises et Rixioursois. »

Sylvio Icclamento, député du Rixioursois, et Jacques Richtounet, maire de Basses-Roches

Sylvio Icclamento (en off, à Jacques Richtounet) : « Boucle-là, c’est la presse, évitons d’être vus ensemble. Putain, je pensais qu’on serait tranquille derrière ce bosquet un premier janvier au matin. Ma réputation à moi est encore vierge. Je suis honnête, moi »

Jacques Richtounet (en off, à S.I) : « Un, c’est toi qui m’a convoqué. Deux, je suis honnête aussi : je n’ai jamais été condamné. La presse, c’est comme avec les juges : tu dis des banalités qui ne portent pas à conséquence, et surtout tu souris. On ne t’a pas appris ça à l’Assemblée nationale ? »

(Début de l’interview)

S.I : « Et bien, vous voyez, je fais comme vous ! Je m’enquiers des désirs de mes administrés. Je suis heureux d’être le premier à pouvoir transmettre mes vœux par voie de presse. Une bonne année à tous. Bien qu’étant député de droite, je resterai cette année encore centriste dans l’âme. Mon projet tient en un mot : écologie. Et en ce matin de nouvel an, je viens de rencontrer Jacques par hasard. Nous avons déjà commencé à travailler sur les espaces verts du canton. »

J.R : « D’abord, bonne année à tous. Avec Sylvio, nous avons décidé de concentrer nos efforts sur le golf qui s’implantera sur ma commune de Basses-Roches. Un golf totalement écologique, tel est mon vœu pour 2007. Ma résolution personnelle : je me désengagerai des obligations liées à mon métier de promoteur immobilier. Ainsi je serai disponible auprès de tous. »

(Ils s’éloignent)

J.R (en off, à S.I) : « Ben tu vois ce n’est pas dur. Souris mec, t’es d’origine corse, tu devrais comprendre cela. »

S.I (en off, à J.R) : « Ta gueule ! En Corse, quand on parle comme tu parles, on met une cagoule.

© Frédéric Bach

On tire les rois…

(Le paru) Une galette pour les tout-petits

Ce mercredi, à la crèche parentale de Rixiourse, les enfants se sont retrouvés pour s’amuser et… Élire leur Roi.

Cette première édition de goûter des Rois s’inscrit parmi les animations proposées aux tout-petits pour les fêtes. Le repas de l’épiphanie a donc été préparé toute la journée : encadrés par les mamans de permanence, la vingtaine d’enfants de 0 à 4 ans a confectionné les couronnes et décorations qui devaient faire d’eux des princesses et des princes. Puis un atelier cuisine les initia à la préparation du goûter. Enfin la galette arriva et désigna une Reine et un Roi. Les enfants attendaient ce moment depuis le matin. Ce moment séduisit tous le monde, et sera donc renouvelé dans les années à venir.

(Le vrai) Une part de la galette pour les tout-petits

Ce mercredi, au jardin d’enfant de Rixiourse, les enfants se sont retrouvés pour s’amuser et… Élire leur Roi. Arnaud découvrit la fève et les mamans le couronnèrent.

Il fut démis de ses fonctions dans la minute d’un coup de poing d’Arthur, qui désigna Louise comme Reine. Jaloux, Hervé fit à son tour un coup d’état, supporté par sa petite amie Sarah, et par les moins de 2 ans, tous républicains, qui se battaient pour plus de petits pots de crème aux fruits. Lorsque Sarah vit qu’Hervé n’avait d’yeux que pour Louise, elle devint frondeuse, et la terreur régna quelques minutes. Les enfants s’interrogèrent sur le sort des mamans, alors enfermées dans la cuisine et sur celui du Roi en titre, alors bâillonné. De l’avis des mamans qui s’échappèrent par la fenêtre et distribuèrent force fessées, « le tirage des Rois, c’est fini, plus jamais ça. »

© Frédéric Bach

On tire les rois… (bis)

(Le paru) Tous les aînés rois d’un jour

Dimanche, l’Union des plus de 75 ans (U+75@) de Rixiourse se réunissait à la salle communale. La fête des Rois se double d’une fête des aînés.

De l’avis général, le repas était bon. L’orchestre était sympathique, même si les musiciens jouaient trop fort. « Il a repris quatre chansons de Claude François » s’exclame Roberte avec plaisir. « Et surtout il y a eu Al Dumm, le fameux chanteur, qui a chanté un peu de Aznavour. »

Autrefois organisée avant Noël, cette manifestation a été reportée à l’épiphanie. Elle est devenue l’occasion pour les 200 invités de tirer les rois.

Les applaudissements démontrent que ces divertissements sont appréciés par nos aînés, tous rois d’un jour.

(Le vrai) Roi et Reine d’un jour

Dimanche, l’Union des plus de 75 ans (U+75@) de Rixiourse se réunissait à la salle communale. La fête des Rois se double d’une fête des aînés.

Cette fête est l’occasion pour les deux cents invités de tirer les rois. L’invitation a été lancée au plus de 70 ans, mais les conjoints sont bienvenus. Et peu importe leur âge ! Adeline T. est modeste : « Je tiens à garder l’anonymat. » Elle discute avec d’autres jeunes femmes venues préparer la fête de leurs grands-parents et arrière-grands-parents. Elle n’est pas la petite-fille, mais bien la conjointe de Marcel T. (« il est modeste lui aussi, mais c’est le frère jumeau du doyen de Rixiourse : il est né 10 minutes après lui », assure la jeune épouse).

Une heureuse Reine

Cigarette aux doigts, elle vante les vertus de la différence d’âge dans son couple (65 ans). Elle sera même désignée Reine, son tendre époux étant l’heureux gagnant du tirage de la fève. Éteignant précipitamment sa cigarette, elle bredouille « Merde, où sont ces putains de béquilles ? ». Avec entrain, elle se prépare à la montée sur le podium de l’heureux nonagénaire. Une source sûre qui désire elle-aussi rester anonyme déclare « Quelle salope cette Adeline : ses frasques mettent tout un binz dans un héritage qui était simple avant sa venue. Ce fric est le mien, pas à cette traînée : je suis l’unique descendante de Marcel. » Adeline lance un mauvais regard à cette jeune fille avant de confier en off, en cherchant les béquilles dans un coin : « Putain, cet héritage là a intérêt à être à la hauteur du précédent, j’aurai tout eu ! La Reine ? La Reine des connes, oui. Il n’aurait pas pu s’étouffer avec cette fève de merde. »

© Frédéric Bach