Je savais Frédéric Perrot amateur de vieux westerns, et c’est le jour où je l’apprenais que j’achetais son recueil Dans les marges du temps, éditions Le bel de Mai. Et le temps, comme les secondes qui s’égrènent avant un duel, le temps n’est pas par essence sympa, et surtout il est implacable. Il est un constat qui se répète dans l’œuvre de Frédéric Perrot : « Ce qui nous attend / N’est guère excitant » et « N’invite pas à l’enthousiasme ».
L’objet recueil est sobre, noir et blanc, d’une dichotomie à la « mort ou vif » (et je rassure de suite le lecteur, il y a de la nuance chez Frédéric Perrot, plus que dans la couverture), et à la lecture qui ouvre sur Confession d’un mécontent, on se dit que dans l’ouest (des marges à la frontière il n’y a réellement qu’un pas que l’on doit, – ou pas, c’est dangereux parfois-, franchir), dans l’ouest donc si on est mécontent, c’est qu’il y a un tort à redresser, et le « Je » de Frédéric Perrot se dit « Dans le fond puritain », et donc voilà encore une bonne raison de dégainer, quelques poèmes à défaut d’un Colt.
Et comment se confesser sans en rajouter une couche ? Parce que, dans les raisons qu’a Frédéric de s’énerver (je les partage !), la cacophonie médiatique, l’époque, l’indécence et les mauvais acteurs, – Frédéric est dans son temps -, j’y vois beaucoup de géants, – réels, hein !, pas que des moulins à vent, qui vont faire voler le poète dans les airs. Mais c’est peut-être là son rôle, de crier et d’alerter dans le vide – et sur ce, lisez Édition spéciale, et allez voir sur Youtube le montage vidéo qu’un ami de Frédéric en a fait.
Donc Frédéric Perrot constate, s’interroge et résout. Des solutions ? Il y en a ? Et des qui n’en sont pas ? Fuir le temps : « Un mouvement de recul / Qui disqualifie par avance / Toute tentative d’expérience », – mais peut-être n’y a-t-il pas de solutions, même si Nous ne laisserons pas la tristesse nous submerger, et cela me rappelle qu’il faut que je demande à Frédéric, devant une bière ou un whisky, qui sont les Valentine (et Ophélie) des dédicaces, et sont-elles parties d’une solution à la fuite du temps, et s’il répond Oui, dois-je penser que nous serons heureux, heureux mais foutus ? Foutus parce que le temps est inexorable, que le poète s’obstine à vouloir se mettre sur le côté de l’arène pour observer le spectacle, et la vie le ramène dans la mêlée, et il en revient avec des choses, des œuvres, belles – mais tragiques. Et Jours de colère, Plus ne m’est rien, ou encore La vérité avant-dernière, poèmes aux titres de western un peu spaghetti, sont des poèmes à lire si on veut mourir moins c***.
Dans les marges du temps, recueil de poèmes, Frédéric Perrot, Le bel de Mai, 15€
Édition spéciale, lien vers l’article du Bel de Mai avec la vidéo Youtube.





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